Quel portrait est le plus juste ?

J’examine les figures que l’on a données à Dame Justice au long des âges. Et cette revue de portraits allégoriques me rend perplexe. La Justice est toujours représentée sous les traits d’une jeune femme… N’est-ce pas plutôt une jeune fille ? Aux pieds de son époux Zeus, la jeune Thémis étrenne sa couronne de première dame de l’Olympe, et de première première dame, car le Cronide ne s’est pas encore uni à la jalouse et vindicatrice Héra… Bon, admettons, c’est bien une jeune femme, donc au fait des choses de la vie humaine. Elle est représentée soit un peu dévêtue, soit habillée de blanc, qui sont deux façons de personnifier la pureté et de donner confiance. Et puis apparaissent ses « accessoires » : une balance à fléau et une épée (ou un glaive selon les représentations.) Que fait-elle avec cette balance ? On peut s’interroger : comment de nos jours s’en sert-elle pour instruire « à charge » puis « à décharge », afin d’avoir une vue objective des affaires qu’elle va traiter ? Ou plutôt s’en sert-elle pour apprécier le poids des sanctions qu’elle va infliger ? L’autre attribut ne laisse planer aucun doute : l’épée. Et l’épée sert à frapper, donc à tuer. La belle Justice que voilà ! Partisane intransigeante de la peine de mort ! Et puis avec le temps, un autre attribut va venir habiller notre Justice : un bandeau sur ses doux yeux féminins. Avec ce bandeau, on donnerait à Dame Justice l’impartialité ? Autrement dit, désormais, elle ne frapperait plus « à la tête du client », ou pourquoi pas « au faciès » ? Non, mais bel et bien « à l’aveuglette » ! En effet, affublée de cette entrave (car un bandeau sur les yeux constitue une entrave), Dame Justice va perdre son discernement. Décidemment, ça ne s’arrange pas. Heureusement un tableau des débuts de la Révolution me rassure quelque peu : Justice n’a plus de glaive dans sa main droite où elle tient désormais sa balance. A son bras gauche elle porte, ouvert, le grand livre de la loi. Ce portrait est bien sûr influencé par les Lumières. Hélas, cela ne va pas durer.

Tous ces portraits allégoriques je les laisse pour ce qu’ils sont : des œuvres d’art. J’ai eu l’occasion d’assister au rendu de la justice, la vraie, celle de tous les jours, et le souvenir que j’en ai est celui d’avoir assisté à une pièce de théâtre ! Le théâtre est là, on l’appelle le prétoire. Le public est là, il se presse sur les bancs. Les acteurs sont là, ils sont tous en costume et vont déclamer leurs rôles inscrits dans les livres de la procédure. Le spectacle peut-il commencer ? Non pas encore, il faut attendre que les vedettes arrivent : ce sont les accusés… Et là, ces dames et ces messieurs en robes noires vont montrer qu’ils ont toujours à leur disposition l’épée de Dame Justice… et ce n’est pas une épée de théâtre…et croyez-moi ils vont s’en servir !

Alors à mon avis, au vu de ce dernier portrait, la Justice, moins on a affaire à elle, mieux on se porte !

 

Richelieu_JPP

Richelieu