Il y a fort longtemps, un homme avec la peau sur les os, nommé Pingréon, se logeait dans les ruines d’Athènes, entre deux colonnes tombées et défectueuses.  Pingréon était un homme d’une trentaine d’années, sa peau était blanche comme la neige et des cernes et des rides creusaient son visage déjà amoché. Ses cheveux noirs comme l’ébène et ses yeux tout aussi noirs et sombres terrifiaient les passants qui le voyaient.

Mais Pingréon s’en moquait. Il se fichait que ses mitaines laissent entrer le froid et la neige, il se fichait que ses guenilles le fassent passer pour un mendiant. Ce qui lui importait, c’était l’argent.

Dans une grotte au milieu de la forêt, Pingréon cachait ses richesses, sa fortune, sa monnaie, son bonheur.

Pour avoir toutes ces richesses, Pingréon s’emparait de la vie des villageois des communes autour d’Athènes. Il privait des enfants, des adultes de pouvoir finir leurs vies joyeusement. Il prenait leurs vies, oui, mais ce qui était essentiel pour lui, c’était l’argent. Il s’en prenait à de riches bourgeois, mais jamais à des pauvres mendiants faisant la manche.

 

Une fois pourtant, il dut fuir de sa maisonnette car un des habitants du Pirée l’avait retrouvé. Ce villageois prévint les forces de l’ordre. Pingréon, prit de panique s’enfuit vers sa deuxième cachette, la grotte où se trouvait sa fortune.

Mais une petite fille rusée, nommée Aria, le suivit discrètement et découvrit sa caverne, pleine d’or et de pierres précieuses.

Aria s’empressa de courir prévenir les habitants. Elle avait toujours été attirée par l’argent, jusqu’à la mort de ses parents. Ils avaient été tués pas un « meurtrier anonyme », Aria était convaincue que Pingréon était lié à la mort de ses géniteurs.

Les habitants rejoignirent in extremis le repaire de Pingréon, qui réussit à s’enfuir une nouvelle fois. Mais là, il avait dû abandonner toute sa richesse. Les habitants allaient lui prendre son argent, oui, mais pour Pingréon, c’était comme si on lui plantait un couteau en plein cœur.

Aria n’abandonna pas sa poursuite discrète, même si elle doutait que Pingréon ait un autre antre où se réfugier. En effet, il errait sans trouver de planque, et au bout de plusieurs jours, il fondit en larmes. Aria surgit de sa cachette, et, ayant un cœur en or, lui donna un bonbon trouvé au fond de sa poche pour le consoler.

Pingréon la regarda avec étonnement, prit le bonbon et le déballa. La sucrerie était blanche avec des lignes rose pâles ornant l’ovale du bonbon et faisant penser à de la fraise. Pingréon l’engloutit, et, osa regarder la fillette qui l’observait avec de grands yeux tout ronds.

Elle lui tendit la main, l’invitant à se lever. Il hésita, puis attrapa le bras de la petite enfant. Elle était blonde comme le blé des champs, avec de grands yeux verts comme l’herbe fraîche du matin. Ses cheveux bouclés retombaient en cascade jusqu’à sa poitrine,  là où se trouvait son cœur, son cœur en or si pur que Pingréon n’eut pas le courage de le  prendre.

-Pourquoi m’aider ? J’ai tué des dizaines de personnes, et toi, tu me tends la main en même temps que tu me proposes ton amitié.

La fille ne répondit pas. Pingréon insista :

-Alors ? Pourquoi m’aider ?

De son index, elle désigna sa bouche, et fit une croix grâce à ses deux doigts. Aria était muette.

-Tu es muette ?

Elle hocha lentement la tête, puis prit un bout de bois trouvé par terre, et, sur la mousse humide de l’arbre, inscrivit son nom : ARIA.

-En tout cas, merci Aria.

Elle commença alors à le tirer fermement vers le pied de la montagne, là où se trouvait un vieux bonhomme, aux cheveux blancs lisses et longs, aux yeux bleus comme l’azur et vêtu d’ une longue robe blanche qui lui donnait une apparence de spectr. Assis sur un trône taillé dans un arbre, il dit :

-Merci Aria. Laisse-moi m’entretenir avec Pingréon maintenant.

Aria lui adressa un grand sourire suivi d’une révérence, et disparut dans la forêt obscure en sautillant.

-Comment connaissez-vous mon nom ? Comment m’avez-vous trouvé ? Qui êtes-vous ? demanda Pingréon, avec colère.

- Calme-toi Pingréon. Tu es ici pour soigner ton avarice. Tu es allé jusqu'à tuer des personnes  pour quelques poignées de pièces ! Tu vas devoir atteindre le sommet de la montagne, et si tu refuses ou si tu abandonnes, je ferais de toi un arbre qui résidera ici, et qui n’aura plus jamais de fortune !

Pingréon, terrifié à l’idée de devenir un arbre, ne broncha pas. Il demanda :

-Que dois-je faire ?

-Tu peux faire ce que tu veux,  à condition que tu arrives en haut de la montagne.

 

Pingréon commença alors son ascension, sans se douter des épreuves qui l’attendaient.

 

A mi-chemin, il était déjà fatigué. Il avait soif, et faim. Soudain, un gros tas d’or apparut à sa gauche. Avant qu’il ne puisse s’élancer pour les prendre, à sa droite, une gourde et des raisins surgirent  sur un gros rocher. La voix du sage se fit alors entendre. Elle venait du ciel et émanait d’une étrange lumière bleue:

- Si tu choisis l’or, l’eau et le raisin disparaitront. Si tu choisis l’eau et le raisin, l’or disparaitra.

Et la lumière bleutée qui éclairait les cieux s’effaça.

Pingréon tenta désespérément de le recontacter, de marchander avec lui pour avoir les deux, mais nulle réponse ne vint.

Pingréon avait soif et faim. Mais il avait aussi soif et faim d’or. Il se dit alors.

« Je prends le pain et le raisin, et je retrouverai plein d’argent ailleurs. Tant pis pour le vieux sage, je tuerai deux fois plus de personnes pour retrouver cet argent perdu.

Il avala les aliments en moins d’une minute, et fut rassasié.

 

En cours de route, Pingréon, épuisé, se dit qu’il avait bien mérité un petite somme. Il s’assoupit sur un tapis d’herbe, mais il avait mal au dos. Il se coucha sur une large pierre, mais il avait mal aux fesses. Enfin, il s’allongea sur le sentier, mais les graviers picotaient sa tête. Il vit alors apparaître un lit, et, de l’autre côté, de l’argent. Encore une fois laa lumière du ciel arriva :

- Fais comme tout à l’heure : choisis.

Le soleil se couchait derrière la montagne. Il hésita, mais prit l’argent, qu’il garda soigneusement dans une de ses poches.

Il ne dormit qu’une demi-heure de toute la nuit, terrifié par les bruits qui venait de toutes parts.  Pingréon regretta de ne pas avoir pris le lit. Mais c’était trop tard, et il était tout de même heureux d’avoir gagné de l’argent gratuitement.

Le lendemain, il reprit sa route.

 

Presque au sommet de la montagne, une gigantesque forêt s’étendait devant lui. C’était un labyrinthe. Rien n’apparut à ses cotés, ni boussole, ni carte, ni or. Il fouilla dans ses poches pour trouver une quelconque aide, et trouva ses pièces de monnaie. Il repensa alors au moment où, le soir, sa mère lui contait des histoires. Il se souvint du petit chaperon rouge, de Boucle d’or et du petit poucet. Le petit poucet ! Mais oui ! Pingréon n’avait qu’à semer ses pièces sur son chemin, pour lui permettre de revenir sur ses pas sans se perdre !

Pingréon était malade à l’idée de gaspiller cet argent. Mais, à regret, il commença son chemin dans cette jungle. Il jeta les pièces une par une, derrière lui.

Il fit demi-tour au moins 4 fois, jusqu’à voir le jour au sommet de la montagne. Pingréon avait réussi. Il était fier d’avoir fait preuve de courage, et surtout, fier d’avoir eu le courage de laisser son argent derrière lui pour lui sauver la vie. 

 

Depuis maintenant 25 ans, Pingréon est heureux. Il a bâti une famille avec une jeune femme nommée Atlanta, et eut trois enfants appelés Pénélope, Ulysse et Achille. Aria est la marraine de ses trois enfants. Souvent, Pingréon va rencontrer le sage, et parler avec lui de ses problèmes. Il a appris il y a  peu que ce sage se nommait Damasko, et, il y a longtemps, lui aussi était avare comme Pingréon.

 

Ails'ma

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