Révolte dans la ruche.

Il était une fois, il y a bien longtemps, une jolie ruche renommée pour le bon miel que ses abeilles produisaient, mais  aussi  pour sa reine, une abeille orgueilleuse, qui tyrannisait tout le monde.

D’une démarche plus lente que les butineuses, elle se pavanait dans la ruche, en soulignant  sa grande taille et ses ailes plus courtes que ses congénères. Son orgueil l’étouffait tellement qu’elle était persuadée que la ruche ne pouvait vivre sans elle. Elle donnait des ordres, du matin au soir, qui n’étaient pas respectés car elle n’y connaissait rien au travail des ouvrières. Elle disait être capable de réaliser des grandes choses, mais ne faisait rien, pas même ce bon miel que tous les riches du pays se disputaient. « Je ne suis pas une ouvrière, mes pattes ne sont pas dotées de peignes, de brosses et de corbeilles, disait-elle souvent avec une moue de dégoût. Je suis la Reine, je sais Tout, mieux que tout le monde. Je suis la plus forte et la plus courageuse. Je peux relever tous les défis !» rajouta-elle un jour. Ce fut une parole de trop ! Les ouvrières en avaient assez de cette reine. D’un commun accord, elles la jetèrent hors de la ruche en lui criant : «  La plus forte et la plus courageuse ? Et bien va vivre seule, voilà ton défi ! » 

Il faisait presque nuit. Furieuse de cet évènement, la reine trouva refuge dans un arbre. Elle était sûre de regagner très vite sa place dans la ruche, les abeilles la supplieraient de revenir. A l’aube, elle fut réveillée par un pivert qui tapait avec force sur l’écorce dans le but de l’atteindre pour la manger. Effrayée, elle s’enfuit rapidement mais dans son envol, elle ne fit pas attention au Guêpier d’Europe perché sur la cime d’un arbre mort.

L’oiseau aux belles couleurs était le pire ennemi des abeilles. Son œil vif repérait le moindre signe de vie dans le petit matin. Dès qu’il vit la reine, il partit en chasse en donnant des battements d’ailes tantôt secs tantôt rapides avant de longues glissades, ses ailes bleues verdâtres collées au corps. Il poussait des sifflements rauques qui alertèrent la reine. Elle redoubla d’effort pour lui échapper. Elle s’enfonça dans un sous-bois et put se cacher dans des fougères. Son cœur battait la chamade, son estomac criait famine. Elle ne savait pas comment se nourrir, elle qui avait été toute sa vie nourrie de gelée royale par les abeilles ouvrières. Elle regarda autour d’elle. Pas une fleur, que des herbes parfois hautes et piquantes. Elle faillit se mettre à pleurer, puis se reprit pensant qu’une reine ne pleurait jamais. Elle scruta le ciel et vit que le Guêpier était parti. Elle poussait un soupir de soulagement quand elle entendit des bruits derrière elle. Elle se retourna avec vivacité, juste à temps pour ne pas être le déjeuner d’un lézard.

Elle ne savait plus que faire pour échapper à ses prédateurs. Elle n’avait aucune idée de la direction pour retrouver sa ruche. La pluie commençait à tomber avec force. Elle s’abrita sous un tas de feuilles. Epuisée, elle s’endormit la peur au ventre. Quelques heures plus tard, le vent se leva et souffla sur les feuilles qui la protégeaient. La reine n’eut pas d’autre choix que de reprendre son envol. Elle était fatiguée. Elle avait faim et froid. Elle regrettait la ruche et son bourdonnement constant, elle s’y sentait tellement en sécurité.

A l’orée du bois, elle eut à peine le temps d’admirer un bel arc en ciel que, éblouie par les rayons du soleil, elle ne prit pas garde à la toile d’araignée qui la fit prisonnière. Elle trembla à l’idée d’être mangée par une araignée crabe, mais aucune ne vint. Elle tenta alors de se libérer, mais plus elle essayait plus son corps se collait à la toile. Anéantie, elle regarda autour d’elle, cherchant un moyen de se délivrer. Son regard  fut attiré par des fourmis qui, sur le chemin, s’entraidaient pour porter des graines dans leur fourmilière. Comme elles travaillaient bien ensemble ! Leur reine leur faisait confiance. Une larme coula alors sur sa joue, ses abeilles ouvrières lui manquaient. Son orgueil ne lui avait pas permis d’apprécier les qualités de ses compagnes. Elle se croyait unique, certes… mais en bêtises ! 

Soudain une brise lui apporta un doux parfum. Elle tourna la tête et aperçut au loin un champ avec des milliers de fleurs, les unes plus grandes que les autres. Dès qu’une fleur fanait, une autre poussait. Incroyable ! Elle rêva un instant au délice qu’il lui serait de plonger de corolle en corolle, de prendre un bain de pollen : « Ce champ est magnifique, mes petites ouvrières seraient heureuses de le butiner et leur miel n’en serait que meilleur. Il est temps de te comporter en vraie reine se dit-elle avec énergie, libère-toi vite et va leur délivrer le secret de ce champ. Elles auront ainsi de quoi se nourrir toute leur vie. »

C’est alors que vint une hirondelle. Elle s’approcha de la toile d’araignée, prit la reine avec douceur et lui proposa de la ramener vers la ruche. « Pourquoi fais-tu cela pour moi dit la reine apeurée.» L’hirondelle lui répondit gentiment : « Je suis porteuse de bonnes nouvelles et je crois que tu en as une à partager avec tes abeilles.» Elle déposa la reine avec délicatesse devant la ruche et disparut aussitôt.

La reine demanda à parler à la nouvelle reine. Les abeilles ouvrières étaient présentes. Un grand silence se fit lorsque la reine prit la parole. Elle présenta ses excuses à toute la ruche et pour se faire pardonner dévoila le secret du champ qui fleurissait quelle que soit la saison. Toute la ruche se mit à bourdonner de joie. Le bruit fait par les abeilles ne permit pas d’entendre le reste du discours.

Ainsi, depuis ce jour-là, les abeilles dévoilent les derniers mots de la reine. Allant de fleur en fleur, elles bourdonnent : « L’orgueil est un poison qui nous éloigne de nos amis, l’humilité et la différence sont les forces du monde qui nous entoure.  Partagez ce message ! »    

Plume Do_Dominique

Plume Do