La Grande G.
La Grande G.
On les a eu ! Z’ont fini par céder les casques à pointes ! Je dis ça mais au fond je les remercie les alboches ! On a bien rigolé Ahah ! Je me retourne sur le miroir du passé et je me revois, superbe, puissante et ruisselante du sang de mes dix millions de cadavres, mes bienheureux petits morts au champ d’honneur de la Patrie. Sans oublier mes vingt millions de blessés, quelle partie ! Qui mieux que moi peut s’enorgueillir d’un tel résultat. Génocide, révolution, folie meurtrière de mes officiers, grippe espagnole, j’avais de l’équipement moi ! J’étais sur tous les fronts, en Europe, en Asie, en Afrique, jusqu’en Océanie. Mais le front de l’Ouest, je l’avoue, est ma grande fierté. Vaillante et déterminée je les ai poussé à fond les p’tits gars au fond des tranchées. Sur le front de l’Est ça canardait pas mal non plus. J’adore !
Sans mon grand nettoyage, les empires et les monarchies feraient encore légion dans la vieille Europe. Les républiques démocratiques y ont gagné leurs titres de noblesse ! Je le concède, le communisme n’est pas ma plus grande réussite, ce n’est qu’un détail au fond.
Je suis admirable ! On me reproche la mort et la misère, la belle affaire ! Une démographie équilibrée, c’est grâce à moi. L’émancipation des femmes par le travail aux champs ou en usines, toujours grâce à moi.
Je suis remarquable ! Les avancées spectaculaires de la science, grâce à qui hein ? Les premiers véhicules blindés, les dirigeables, les sous-marins acquièrent un degré technologique sans précédent, c’est encore grâce à moi.
La médecine progresse. Je suis épatante ! Mes gueules cassées font peur, on les répare. La chirurgie reconstructrice fait ses premier pas, affute ses scalpels, ses premières armes en quelque sorte. Mon humour est caustique ! je suis drôle, je le sais !
J’aurais pu encore mieux faire si quelques crétins pacifistes n’avaient pas eu l’idée de mettre un terme à mes exactions. Les armistices, les traités quelle déroute ! Mais je ne capitule pas si facilement. Je poursuis en douce mon labeur. Je raye des pays sur les cartes, j’en créé de nouveau. Je redessine les frontières. Je m’amuse follement. Encore quelques bons petits conflits d’après-moi sur quelques années pour pimenter la suite. Faut dire que je suis allée à bonne école : du feu, antiques, puniques, de cent ans, de religion, les napoléoniennes, les opérations militaires de toutes sortes m’ont forgé le caractère.
Je suis d’utilité publique ! Sans moi point de redémarrage économique. J’ai pris tout mon temps en 14 ! Depuis mes filles ont repris le flambeau. Pas une décennie sans conflit. Deux beaux feux d’artifice au Japon. Mes petites filles au XXIème siècle poursuivent la tradition familiale. Elles n’y vont pas de main morte. Je plaisante ! Centre Afrique, Yémen, Gaza, Irak, sans oublier la Syrie où elles s’attardent. Elles sont insatiables. Je les ai bien éduquées et fort bien équipées !
Comme Pénélope, je remets sans cesse sur le métier mon ouvrage. J’ai confiance en l’avenir. Je serais toujours là pour séduire, détruire et reconstruire. Avec un peu de chance vous tomberez bien sur un obus ou une mine antipersonnel en creusant votre piscine. Mine de rien je suis partout…
Une « bonne moi », voilà ce dont le monde a besoin !
Aaaaah je ris de me voir si belle en ce miroir !
Gaya







