Mon orgueilleuse
Mon orgueilleuse
Il fallait qu’elle s’arrête. Elle devait prendre le temps de se voir. Se regarder, elle le faisait continuellement mais se voir comme elle était vraiment, elle n’osait pas. Elle ne voulait pas savoir ce qu’il y avait de l’autre côté. Et puis un jour qu’elle se maquillait, elle décida enfin de s’arrêter et de prendre le temps de se voir dans le miroir. Elle se mit soudainement à parler à haute voix comme si elle s’exprimer à une autre personne ou plutôt à un auditoire tout entier.
- Je le sais, je suis belle, à en mourir même.
Elle se mit à faire les cent pas d’un bout à l’autre de la pièce.
- Regardez-moi, regardez-moi, il n’y a que moi… Il n’y a que moi qui suis importante…. Il n’y a que moi qui ai le droit… Le droit d’être admirée…..pour tout ce que je représente. En un seul mot, ou plutôt trois : la perfection incarnée.
Elle s’agitait, commençait à avoir chaud et à tournoyer sur elle-même, emportée par une énergie qui l’envahissait jusqu’à la posséder.
- Mais quelle peste ! Quelle prétentieuse ! entendit-elle lorsque qu’elle pavanait devant l’assistance imaginée.
Des voix qui persistaient pourtant dans un tourbillon :
- Quelle orgueilleuse ! Quelle vaniteuse ! Regardez jusqu’où elle peut aller pour son orgueil, son péché, son envie. C’est sa vie.
- Et quand elle est généreuse, c’est pour gonfler son orgueil et se faire jalouser par les autres.
Brusquement elle stoppa net sa course folle à travers la chambre et s’assit sur son lit face au miroir qui lui reflétait une image d’elle qu’elle ne maîtrisait plus.
- C’est trop épuisant de faire semblant tout le temps sous prétexte qu’être la meilleure est la clé de la réussite. Je n’en peux plus, mon corps tout entier souffre de cet épuisement.
Sa force d’y croire ne suffisait plus. Elle avait besoin d’être celle que l’on regardait pour elle-même et de se voir comme elle était. Elle n’avait qu’à mettre un filtre, peser ses propos et envier les autres et tout irait mieux.
Elle se releva, déterminée, puis jeta un dernier sourire à son miroir et d’un clin d’œil malicieux dit en éclatant de rire :
- Et puis zut on verra cela un autre jour. Quand on est parfaite, mère humilité peut bien attendre…Péché un jour, péché toujours ! Et pourquoi ce ne serait pas aux autres de changer !
Léccie







