Grand loup blanc
Grand loup blanc
- Non Anorak, tu n’iras pas à la chasse aujourd’hui !
- Pourquoi grand-père, je suis jeune, fort et intelligent, et je n’ai plus peur du Grand loup blanc !
- le temps est mauvais, la tempête va se lever et le froid te déchiquettera.
Au nord de l’Alaska, bien au-delà du cercle arctique, Anorak habitait une maison de glace avec son grand-père. Anorak était un jeune esquimau de 12 ans, très éveillé. De pétillants yeux noirs brillaient au-dessus de ses joues brunes. Anorak n’avait peur de rien. Mais il était orphelin et n’en faisait qu’à sa tête ! Le blizzard avait englouti Grantarmak, son père parti à la chasse aux phoques par une interminable nuit polaire. Sa mère, aux longs cheveux d’ébène, en était morte de chagrin la saison dernière. Elle avait rejoint son époux au pays des étoiles de glace. Ce matin-là, il décida d’aller chasser l’orque. Auboudelanuit veut toujours commander, pensait le jeune effronté, il verra bien qui est le plus fort et le plus malin. Je ramènerai de la nourriture pour tout l’hiver en une seule prise ! Tirant son kayak derrière lui, le cœur gonflé d’orgueil, il s’élança sur la banquise bleue. Grand-père le regarda s’éloigner en silence. Tandis qu’il avançait doucement, des bourrasques de vent glacial entaillaient ses joues. Un vol de macareux passa dans le ciel cru. Au bout de deux heures de marche par-dessus les vagues pétrifiées, il arriva au bord de la rive, là où l’eau échappait encore aux morsures du Grand loup blanc. Il mouilla son canot. Tandis qu’il pagayait, il observait les ombres qui passaient furtivement sous son embarcation. De farouches otaries s’enroulaient dans les flots à la poursuite de leur met préféré : des pingouins en tenue de soirée. Son fusil était bien chargé. Un harpon et une canne à pêche gisaient au fond du canoë. Il était prêt à affronter l’animal le plus redoutable de l’océan arctique. Soudain, une lame de fond souleva la barque d’Anorak. Devant lui surgit une orque de 9 mètres de long, surmontée d’un énorme aileron dorsal noir et lustré. Sa tête superbe et ruisselante se dressa hors de l’eau. Elle ouvrit une large gueule dans laquelle deux rangées de dents acérées luisaient….
- tu es bien imprudent de t’aventurer sur mon territoire de chasse, petit homme, s’exclama l’orque très irritée. Je suis le plus grand carnassier des océans. Retourne vite chez toi avant que je ne perde patience et que je te dévore….
- je vais te tuer méchante orque, je n’ai pas peur de toi, je suis le plus fort et j’ai un bon fusil !
A ces mots, l’orque battit d’un coup de queue formidable la surface de l’eau et fit voler dans l’air glacial Anorak et son kayak. L’imprudent garçon tourbillonna dans les airs. Il monta si haut dans le ciel qu’il traversa l’épaisse couche de brume qui flottait au-dessus de la mer. L’audacieux était terrifié. En retombant, l’orque le croquera d’un coup sec.Tout semblait perdu. C’est alors qu’il entendit une voix lointaine et délicieuse résonner d’entre les étoiles. C’était celle de Doubivouac, sa mère. Elle avait entendu les cris de détresse de son fils. Alors, elle tendit un long filet pour amortir la chute de son garçon qui échappa ainsi à la gueule du cétacé agacé. Anorak pensa qu’il avait rêvé puis il perdit connaissance…. Il se réveilla sur un tapis de neige, son bateau à ses côtés, Le fusil et les deux harpons avaient disparu. A la place, une longue mèche de cheveux noirs, comme une nuit étoilée, avait été déposée sur la peau tendue du canoë. Les cheveux de Doubivouac. Il s’en saisit et il pleura. De grosses larmes salées tombèrent sur le sol gelé. Un trou perça dans la glace. Anorak se ressaisit. Il se mit alors à pêcher pour ne pas avoir honte de revenir bredouille. Un gros cabillaud mordit à l’hameçon, puis deux, puis trois. Il en pêcha tant que le kayak fut bientôt remplit de poissons étincelants sous le pâle soleil de minuit. Tout à sa joie, il prit le chemin du retour. Anorak était très fier de rapporter une si belle prise. Excités par l’odeur de la pêche, les dix chiens de traineau sautaient et jappaient autour de lui. Leurs queues touffues battaient la neige. Son grand-père l’embrassa tendrement. Désormais, Il écoutera la parole d’Auboudelanuit, son grand-père. Il savait maintenant. L’orgueil mène les imprudents directement dans la gueule de l’orque ou sous les morsures du Grand loup blanc. Auboudelanuit et Anorak vécurent heureux sur la banquise, chassant et pêchant ensemble durant de longues années. Aujourd’hui Auboudelanuit danse avec les aurores boréales. Anorak est à son tour grand-père et il enseigne à ses petits-enfants l’humilité, la prudence et le respect face à la nature sauvage et nourricière. L’hiver polaire est un loup solitaire. Un Grand loup blanc.
Gaya







