Je voudrais...
JE VOUDRAIS…
Je voudrais vivre de belles rencontres telles que celles que je fis cette année. « Une belle rencontre, qu’est-ce ? » me direz-vous. C’est d’abord une rencontre. Des rencontres, on en fait tous les jours. Avec des amis, des familiers, des voisins, voire de parfaits inconnus. Mais un jour passé, et on a oublié qu’on les a faites ces rencontres. Une belle rencontre, Ah… C’est tellement différent. D’abord c’est inattendu. Cinq minutes avant de la faire, on ne se doute pas que l’on va la faire. Mais une fois qu’on l’a faite, que se soient écoulés cinq minutes, une heure, cent jours ou un an, on se souvient toujours du plaisir qu’on a eu à la faire.
En pensant à ces belles rencontres, je songe, nostalgique, à la chanson de Brassens intitulée « les belles passantes », et ce sont ces vers de l’Orphée sétois qui me reviennent :
« …A celle qu'on voit apparaître
Une seconde à sa fenêtre
Et qui, preste, s'évanouit
Mais dont la svelte silhouette
Est si gracieuse et fluette
Qu'on en demeure épanoui… »
Ce jour-là, en randonnée avec quelques amis sur La Gardiole, nous nous étions arrêtés pour pique-niquer à l’abbaye Saint Félix de Montceau. Cet ensemble de ruines est patiemment entretenu et restauré par une association de passionnés trop peu nombreux et trop peu fortunés qui dépensent des trésors d’énergie pour faire subsister ce site remarquable. Alors que mes compagnons randonneurs achevaient leurs frugales agapes, je partis seul dans la ruine vénérable que je connais depuis longtemps. Là, j’eus la surprise d’y rencontrer une femme qui arrachait des mauvaises herbes. Je la saluai. Elle m’expliqua que, membre de cette association de passionnés, elle venait passer l’après-midi à faire « un peu de propreté » autour de l’abbaye. Alors je lui demandai où en était l’avancement du chantier. Elle me donna tout un tas d’explications et je m’aperçus que nous avions en commun une passion pour le Moyen Age. Au fil des mots, ma conversation avec elle m’apparaissait curieusement apaisante et bienfaitrice. Après avoir pris congé, je m’aperçus en rejoignant mes amis que je n’avais pas passé plus de vingt minutes avec cette femme. Pourtant j’avais l’impression d’avoir passé des heures. Et comme l’a si bien écrit l’ami Georges, j’en demeurais épanoui…
« …A la compagne de voyage
Dont les yeux, charmant paysage
Font paraître court le chemin
Qu'on est seul, peut-être, à comprendre
Et qu'on laisse pourtant descendre
Sans avoir effleuré sa main… »
Lors de ce vol entre Roissy et Saint-Pétersbourg, j’étais assis sur un siège du milieu dans la rangée gauche de l’avion. A ma droite vint s’installer une jeune femme russe dont les compagnes de voyage occupaient les trois sièges de la rangée de droite voisine, de l’autre côté de l’étroit couloir.. Elle discutait en Russe avec ses amies et cette conversation dans la langue de Pouchkine m’apparut très gracieuse et harmonieuse malgré mon incompréhension totale. Ce n’est qu’après le service de la collation que j’entamais un dialogue avec ma charmante voisine pour un motif très prosaïque : elle avait choisit d’accompagner son repas d’une petite bouteille de vin… du Languedoc. Ayant compris que j’étais Français, elle m’interrogea en montrant la bouteille : « bon ? » Je lui demandai alors si elle parlait anglais, et c’est dans cette langue que nous pûmes converser d’abord sur le nectar de nos vignes. Elle me questionna sur le but de mon voyage et me donna alors d’une façon imagée et très cordiale des indications précieuses sur Saint-Pétersbourg puis sur Moscou. Les deux heures de vol qui restaient à accomplir s’écoulèrent comme un charme. Après nous être salués en anglais au moment de quitter l’avion, je la perdis de vue dans le débarquement. Mais au contrôle de police, elle se trouvait un peu devant moi, son passeport à la main. Elle se retourna et, m’apercevant dans la file, me fit un joli geste d’au revoir de cette main que je n’avais même pas effleurée, mais dont le salut s’est profondément gravé en moi.
« …Alors, aux soirs de lassitude
Tout en peuplant sa solitude
Des fantômes du souvenir
On pleure les lèvres absentes
De toutes ces belles passantes
Que l'on n'a pas su retenir...
Je voudrais tant que le souvenir de ces belles rencontres ne s’effaçât jamais…
Richelieu







