La mue de Thémis
La mue de Thémis
Zeus regardait ou plutôt admirait tendrement Thémis. Celle-ci, assise un peu à l’écart, semblait troublée voire tourmentée.
- Que t’arrive-t-il Thémis ? Es-tu confrontée à une situation complexe ? Si tu ne sais pas comment la juger, viens t’asseoir à mes pieds, je pourrais t’aider et te donner la solution, lui dit-il d’une voix mielleuse.
C’en fut trop pour Thémis. Cela faisait déjà quelques mois qu’elle ne supportait plus le ton condescendant de Zeus. Chasseresse et indépendante du joug des hommes, elle lui répondit vivement :
- Moi, Thémis, déesse de la Justice, je peux m’asseoir à ta hauteur (Article 1 de la déclaration des droits de l’homme « Ils naissent et demeurent libres et égaux en droits »). Maintenant, si tu recherches une compagnie à tes pieds, tu n’as qu’à prendre un chien.
La foudre tenue par Zeus commença à rougir. Comment osait-elle parler ainsi, à lui, Zeus, le dieu de l’Olympe ?
- Thémis, oh ! Ma Thémis pourquoi me parles- tu ainsi ? Toi si calme et si ………
- Je ne suis pas ta Thémis, s’écria-t-elle, je ne t’appartiens pas. Je suis à moi !
La foudre de Zeus rougit plus encore, mais Thémis n’y prit pas garde. Elle ne pouvait plus contenir sa colère.
- J’en ai assez d’être sage et vertueuse. Comment puis-je juger avec équité le courage qu’il faut aux criminels si je ne connais pas les degrés d’intensité du danger qu’ils prennent ? Je veux combattre avec mon glaive, sentir l’odeur du sang et de la mort, craindre pour ma vie. Je veux vivre toutes les folles aventures qui procurent de grandes montées d’adrénaline. Quelle excitation que de se faire prendre en pleine action ! Je jubilerais d’entendre autour de moi l’admiration de ma témérité, ou de lire la peur dans les yeux des mortels.
Zeus, imagine-moi, dit-elle avec vivacité, volant des objets de grandes valeurs. Au petit matin, je pèserais avec délice les pièces d’or, les pierres précieuses. Ma balance serait enfin bien tarée, ce qui n’est pas toujours le cas quand je dois juger les hommes. Il est vrai, rajouta-t-elle avec impertinence, que suivant la demande des dieux, je dois alléger ou non mes plateaux. C’est pour cela que les hommes craignent rarement mon jugement ! Je ne veux plus de cette balance pour peser mes mots. Je veux être libre et spontanée, parler en mon nom et non en référence aux dieux et à ce fameux livre des droits de l’homme, écrits par des hommes, dont certains ne sont guère vertueux. Je préfère te laisser gérer la bonne entente des dieux, l’olympe est une véritable cour de maternelle !
Zeus la fixait d’un regard de plus en plus sombre et la foudre était prête à tomber. Il se disait que cette femme était folle et très impertinente. Mais Thémis ne s’en inquiétait pas et avec emportement continuait son monologue. Elle n’avait plus de retenue dans ses propos, sa colère cassait les chaînes qui l’avaient maintenue dans la sagesse et la vertu.
Je ne veux plus de cette tunique blanche qui devient un carcan insupportable. Au salon d’écriture, on parle de moi comme d’une très belle femme, avec de jolies formes, alors je veux en profiter. Je veux vivre ma vie de femme, je ne veux plus dépendre de toi. Je veux être libre et non vivre comme veulent les dieux.
Zeus ne pouvait plus accepter les propos virulents de Thémis. D’un geste brusque, il dirigea la foudre vers elle, mais celle-ci laissa place à un bel arc en ciel. Coupant cours à la dispute, Zeus susurra : « qu’est-ce que tu es belle ma Thémis lorsque tu es en colère. Tes yeux sont encore plus beaux et brillent de mille feux ! » Restant dans cet état amoureux, il n’entendit pas la réponse de sa belle.
- Je te l’ai déjà dit je ne suis pas ta Thémis. Je peux dire ce que je veux, car je suis une femme libre. Je ne crains rien à faire tous ces délits, puisque je suis Thémis déesse de la justice.
Plume DO







