La colère de Jacques
Dans la cuisine d’une grande demeure :
La mère : Eh bien mon Jacques, tu fais une bien mauvaise figure ce matin…
Jacques : Mathilde est revenue ! Elle a pris le train de midi.
La mère : Quoi ? Mais… Eh ben… je vais à la messe…je vais prier pour toi.
Jacques : C’est ça, c’est ça ! Prie pour moi, je vais en avoir besoin…
On frappe à la porte, c’est le bougnat.
Le bougnat : Salut Jacques. Deux caisses, comme d’habitude ?
Jacques : Non merci. Tu peux garder ton vin. Maintenant, c’est mon chagrin que je vais boire ! Merci bougnat, merci. Au revoir. Maria ! Maria !
Maria (c’est la bonne) : M’sieu Jacques ?
Jacques : Maria, faudrait peut être changer les draps…Madame est revenue…
Maria : Oh là là ! (elle sort).
Jacques (in petto) : Ah les copains, les copains…c’est pas le moment de me laisser. Il va falloir recommencer à se battre (à haute voix) Nom de Dieu de nom de Dieu ! Mais pourquoi j’ai répondu ce matin ? Quel con ! Mais quel con ! Maudite Mathilde ! T’arrives, te v’là, et moi qui te dis « Ah bon… à tout à l’heure… » Nom de D…(Il jette son bol qui éclate sur le sol). Mais… Mais qu’est-ce qu’il me prend ? Oh, et puis zut ! Comme si de rien n’était ! Comme si elle n’était pas revenue ! Pourquoi cette pensée ? Pourquoi ?! Ouais ! Ouais ! C’est vrai qu’elle sera encore plus belle avec sa tignasse lâchée… Mais Nom de Dieu ! Tu te souviens pas de tout ce que t’as pleuré ?! Ah…Les copains ! les copains ! ne me laissez pas…Maudite Mathilde, puisque t’es là ! (Il renverse sa chaise d’un grand coup de pied, lève le poing comme pour frapper la table). Allez ! Ca n’en vaut pas la peine. C’est comme si le chien revenait, celui qui a disparu 15 jours avant qu’elle parte ! Allez ! C’est pas la peine de frapper. Ca vous regarde pas, mes mains ! Je vous ai pas assez pleuré dessus ? Pourquoi vous tendre ? Pourquoi ouvrir ces bras qui sont restés si longtemps ballants ? Sacré Mathilde, va…Sacré Mathilde !
La mère revient de la messe :
La mère : Qu’est-ce que c’est tout ce foutoir ?
Jacques : Allez, allez, laisse tomber. Je vais mettre de l’ordre. Et puis tu peux arrêter tes prières. C’est décidé, je retourne en enfer. Merci mon… Merci qui ça au fait ? Mon Dieu ou mon diable ? Mathilde m’est revenue ! Tu entends ?! Mathilde m’est revenue ! (il attrape le téléphone) …Bougnat ? S’cuse-moi pour tout à l’heure. Tu m’en mets trois caisses… non, du meilleur… Ouais… et puis mets deux caisses de champagne. Salut. Maria ! Maria !
Maria : M’sieu Jacques ?
Jacques : Qu’est-ce que tu attends, Maria ! Tends-moi les grands draps de soie dans le lit. Et mets des fleurs dans la chambre (in petto) Les copains ? Allez au diable…
La porte s’ouvre, c’est Mathilde avec sa valise à la main :
Jacques : Ma belle Mathilde ! Te v’là ! Te v’là !
(inspiré par « Mathilde », du « Grand Jacques »)








