J’étais  à la recherche de la justice. Mais à quoi ressemblait-elle? Qui était-elle? Je décidai donc d’aller la découvrir à travers le monde.

En chemin, je vis des enfants portant de lourdes charges et travaillant plus de douze heures par jour. La convention internationale des droits de l’enfant était bafouée, et même certains grands pays surdéveloppés ne l’avaient pas signée. J’en déduisis donc que la justice n’était pas quelqu’un de grand pouvoir. Une autre hypothèse me chatouillait l’esprit. Raphaël avait-il voulu peindre la justice

comme protectrice des enfants ou voulait-il simplement souligner leur innocence dont elle n’avait que faire.

Je repris tristement ma route. Un attroupement attira mon attention. Des jeunes  souhaitaient une vraie démocratie pour leur pays, demandant le respect des libertés les plus élémentaires. Le mouvement se faisait dans le calme. Mais la force de leurs convictions avait dû faire  face aux forces de l’ordre. Je me rappelai alors l’allégorie du « triomphe de la justice » de Jean-Baptiste Jouvenet. Je me dis que la justice était la force qui suivant Sa décision et Son interprétation utilisait les armes. J’étais désespérée.

Je pris un car espérant  trouver sur ma route quelques qualités à la justice. Soudain j’entendis à la radio qu’un homme bien connu en politique avait été condamné pour détournement d’argent. Le temps de la publicité, mon cœur s’apaisa. Enfin ! La justice se prononçait face à une faute grave, et ce quel que soit la notoriété de l’individu. Elle faisait preuve  de raison, prenait une décision équilibrée. Le programme radio reprenant, je ne fis qu’un bond sur mon siège. On annonçait que la personne faisait appel pour ne pas faire de prison, ce qui serait une honte pour sa famille. « Mais qui es-tu justice si après avoir pesé tous les arguments avec neutralité, tu décides d’une sanction qui peut être révisée ? » m’écriai-je en colère, « est-ce pour cela que Gaetano Gandolfi  t’a peinte avec un angelot soulevant une des coupelles de ta balance. Suivant les accusés, tu acceptes que ton jugement soit revu en cour d’appel ! Es-tu une justice à deux poids deux mesures ? » Je me tournai vers mon voisin et lui demandai s’il connaissait la justice. « Ah ! dit-il en riant, cette femme en tunique blanche aux yeux bandés et qui a dans la main gauche une balance et dans sa droite un glaive ? Non,  mais cela vaut mieux pour moi sinon cela voudrait dire que j’ai fait une faute, que je n’ai pas respecté les droits de l’homme. »

Les droits de l’Homme…ils avaient été écrits par l’homme, mais était-ce des hommes justes, avec des valeurs morales comme  le respect et l’équité envers autrui ? Si cela était, pourquoi la femme qui représente la justice n’avait pu accéder aux barreaux qu’après les années 1900. Etait-ce là l’équité ? Avait-elle été obligée de minauder comme Thémis auprès d’Hercule ? Etait- ce là le respect, le respect de soi ?

Soudain un bruit strident se fit entendre. Je m’étais endormie sur mon bureau. Comme chaque fois avant un grand procès, je faisais ce rêve. Une mise en garde peut-être !

Après une brève toilette pour me rafraichir, j’enfilai ma robe de magistrat. Thémis avait une tunique blanche, symbole de  la lumière. Ma robe était noire, la symbolique je ne pouvais pas l’expliquer, mais une chose est sûre, je ne portais pas le  deuil de la justice. Non, je représentais la justice, la justice avec un grand J, celle qui est responsable des décisions et de leurs applications.

Nul besoin de bandeau pour m’occulter les yeux, je m’appliquais dans mon discernement pour faire preuve au mieux de mon impartialité.  Nul besoin de glaive, la peine de mort était abolie depuis peu dans le pays, nul besoin de balance pour peser les âmes afin de déterminer la valeur des individus.

Représentant la justice, j’essayais d’être comme elle, droite et juste. Avant de rentrer dans le tribunal, je m’arrêtais toujours une minute devant le tableau représentant l’allégorie de «  la Justice et de la Paix » de Giaquinto. Un moyen de me centrer sur ce que doit préserver la justice : la pérennité  et l’harmonie de notre société.

Plume Do_Dominique


Plume Do