Isaki - Isabelle

Dans un village du nom de « Donne tes sous » régnait un comte avare de renom nommé Pingréon.

Ce comte se portait fier, droit dans ses bottes, autour desquelles étaient accrochés des écus d’or afin qu’au moindre mouvement, celui-ci fut bercé par leur son si doux à ses oreilles aiguisées.

Son château avait comme particularité d’être composé, dans ses murs, de puissants aimants orientés vers le village et les environs.

De fait, le moindre petit écu ne restait jamais au sein de ce village et l’on pouvait observer chaque jour leur ballet tournoyant irrémédiablement vers les murs du château dans un flot clinquant, ravissant toujours plus le jeune comte Pingréon.

De multiples sujets s’attelaient à la tâche de récolter le précieux butin et de le mener tout droit au cœur du château dans une pièce immense qu’on aurait cru voir s’agrandir au fur et à mesure de l’arrivée de cet argent si cher au cœur de Pingréon.

Mais ces puissants aimants n’attiraient pas seulement les écus, suivaient aussi les bijoux et les éventuelles armes.

De sorte que les habitants, privés de défense et d’ornement, n’avaient de choix que de se contenter des récoltes et chasses leur permettant au moins de manger à leur faim. Par un système d’échange et de partage les villageois profitaient de choses essentielles à leur vie : la nourriture, l’amitié, la solidarité et l’amour du partage.

Au sein de ce village vivait Cybelle, une jeune femme magnifique, rayonnante de joie et de générosité ; une femme qui, malgré son jeune âge, était d’une grande sagesse et douée de magie.

Cybelle s’était donné comme mission de permettre au comte, si crispé par sa pingrerie, d’accéder à une autre richesse bien plus grande que celle qu’il possédait déjà.

Elle fabriqua donc un objet contenant le plus précieux des présents. Elle veilla à bien le sertir d’un métal précieux afin de s’assurer qu’il atterrirait lui aussi sur les murs du château.

Sitôt finalisé, l’objet magnifique s’envola vers son destin aimanté.

Au vu de cette splendeur si particulière on fit mander le comte afin qu’il vienne découvrir cette curiosité si luminescente.

Pestant contre ceux qui lui faisaient perdre son précieux temps, il s’arrêta net, souffle coupé, ébahi par tant d’éclat. Piqué par la curiosité il lui fallut s ‘en emparer mais quelque chose troubla son geste.

Une brève image, un léger souffle comme un clin d’œil puis un message que seul le comte entendit:

« Si tu souhaites me posséder il te faudra effectuer 3 choses:

-Place-moi auprès de ton plus gros diamant, près d’une source de lumière.

-puis observe d’abord mon cœur, concentre-toi bien et laisse venir les images.

-Enfin, une jeune femme viendra se présenter à toi, laisse-la approcher et vous me tiendrez ensemble au creux de vos mains.

Si tu suis ces tâches alors tu sauras et accèderas à la plus puissante richesse du monde. »

Envouté, le comte suivit à la lettre les instructions :

  • il plaça l’objet entre son plus beau diamant et le soleil brillant filtrant par la fenêtre, l’objet doubla de volume et projeta un flot de lumière remplie d’une chaleur bienfaisante et douce à recevoir. Le comte découvrit pour la première fois alors, émerveillé et souriant, son entourage. Il se surprit même à apprécier ce moment et, finalement, la présence de ces personnes jusqu’ici inconnues pour lui.

  • Il se rapprocha de l’objet et l’observa en son cœur, toujours baigné de chaleur, et commença à voir des moments oubliés mais si joyeux de son enfance et il rit, il chanta parfois, il dansa, il était heureux car les seuls moments qui apparaissaient à ses yeux étaient les meilleurs moments de son enfance et l’objet grandit encore par son éclat et sa chaleur pour inonder l’immense pièce du comte.

  • Enfin Cybelle se présenta. Sa seule beauté à cet instant précis, acheva d’altérer les dernières réticences du comte à se libérer, et ils posèrent ensemble le magnifique objet au creux de leurs mains. Le métal précieux disparut alors pour laisser place à l’essence même de la richesse et de la beauté, un cœur vibrant d’un amour universel.

Tout le village put alors, dans une grande connexion, voir défiler le film de son avenir.

Le château garda ses murs aimantés mais qui servirent désormais d’ornement magnifique et rayonnaient dans tous les environs. Parfois certains venaient cueillir quelques écus si nécessaires et chacun était libre mais jamais avide de disposer de tant de richesse à portée de main.

Pingréon n’avait de pingre plus que le nom car il était devenu un homme généreux, beau et conscient que tout est toujours plus précieux que lorsqu’il est partagé.

Il était doux et agréable de vivre simplement, et on put assister au mariage du comte Pingréon et de Cybelle qui étincelaient par leur amour, leur générosité et leur joie à vivre parmi tous les villageois. On rebaptisa le village du nom de Génébon et tous furent heureux très longtemps.

 FIN

Isaki - Isabelle

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