Le village tout entier s'était déplacé pour assister aux obsèques d’Avaricieux.

Celui-ci, fils d’un père très pingre et d’une mère qui les avait quittés à sa naissance, vivait depuis toujours dans une petite maisonnette de vigne, entourée de mimosas et d'acacias, en dehors du centre. Son  nom, Avaricieux, lui allait comme un gant.  

 

En attendant le convoi, les conversations allaient bon train. Chacun des villageois avait une anecdote à raconter.

« Enfant, il piquait de la nourriture dans les assiettes des autres car son père ne voulait pas payer la cantine » disait la boulangère.

« Vivre pauvre pour mourir riche » disait son plus proche voisin.

 

Mais sa vie était un supplice continuel,  Avaricieux vivait dans la tourmente de ses biens, craignant chaque jour les chasseurs et chercheurs de champignons. C’était un pauvre homme,  il n’avait ni  femme ni enfant et ses cousins et cousines s’étaient éloignés de lui. Il était terriblement seul et affreusement ambitieux.

Pendant  plusieurs mois, il avait greffé des essences de mimosas et d’acacias et un matin, des centaines  d'abeilles s'étaient  installées dans sa petite propriété et butinaient à longueur de journée.

Très adroit et courageux, il avait construit des ruches et faisait du miel en grande quantité.

Celui-ci avait une saveur particulière, et était réputé pour ses vertus guérisseuses.

Pendant de longues années, il avait fourni les plus grands laboratoires pharmaceutiques du comté et aujourd’hui sa richesse était énorme.

 

Enfin le corbillard arriva,  tiré par un cheval. Le prêtre récita une prière.

La foule, hébétée, poussa un petit cri sur son passage ; un coffre-fort était scellé au cercueil. La désolation se lisait sur les visages.

Le prêtre fit la bénédiction et lut ses dernières volontés. Avaricieux restait le seul héritier de ses biens et avait lui-même commandé une stèle sur laquelle on pouvait lire :

 

Ci-gît AVARICIEUX

Je suis avare, oui et alors ?

  

Farinette

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