Il était une fois une petite fille qui s’appelait Eléolaine. Ce prénom peu conventionnel lui avait été donné par ses grands-parents qui l’avaient recueillie et élevée à la mort de ses parents.

Elle n’avait que 12 ans mais semblait avoir déjà vécu plus de sept vies car sa plus grand peur était elle-même, elle avait peur de son ombre. Chaque décision à prendre était une véritable torture tant elle se posait des questions qui lui venaient dont ne sait où. Sans cesse, elle se demandait si elle faisait les bons choix, sans arrêt cette autre lui semait le doute. Son ombre la suivait partout et l’embrouillait.

Mais ne vous méprenez pas, cette petite fille était tout de même très heureuse car elle possédait un secret qui la rendait extraordinaire aux yeux du monde.

Eléolaine avait à la place du cœur une rose qu’il fallait arroser chaque jour de beaucoup d’amour et de tendresse car sinon, elle se mourrait de douleur et de tristesse. Alors elle prenait grand soin à récolter toute la douceur dont son cœur avait besoin pour respirer en allant dans les champs de fleurs humer l’odeur délicieuse des jonquilles et des marguerites, en transmettant sa bonne humeur aux gens qu’elle appréciait et qui l’aimaient comme elle était. Eléonaine était une  petite fille joyeuse mais semblait toujours ennuyée.

Forte de ses douze années passées à courir après des réponses qu’elle n’obtenait jamais et des projets qui n’aboutissaient pas, Eléonaine décida un jour que cela ne pouvait plus durer et qu’il lui fallait domestiquer cette ombre pour devenir quelqu’un d’autre et enfin devenir elle-même.

Elle laissa donc derrière elle sa maison, petite mais douillette, et ses grands-parents, qui l’aimaient d’un amour inconditionnel mais qui comprenaient aisément son souhait de changer son destin.

Pendant son voyage, elle traversa un pays inconnu que les habitants nommaient Pontulio du fait de sa configuration particulière. Cet état avait été dessiné en longueur et coupait en deux parts égales le monde d’Eléolaine. D’un côté il y avait sa nation d’origine et de l’autre celle qui allait l’accueillir.

Sa route fut semée d’embuches, les épreuves n’existaient que pour affirmer sa volonté d’avancer vers l’avenir. Un matin où elle se trouvait à mi-chemin entre hier et demain, elle lu dans une flaque d’eau, qui apparut par enchantement, que la solution était là et qu’il suffisait de la trouver pour faire s’envoler cette ombre qui lui collait à la peau depuis toujours. Elle comprit alors qu’il lui fallait lire en elle le message invisible qui était inscrit comme un tatouage sur sa peau mais qu’elle n’avait pu, jusqu’à présent, voir. Eléolaine chercha sur son corps des réponses, son ombre essayait de négocier quelque consistance pour résoudre l’énigme car l’une comme l’autre était enchaînée à une vie qui ne lui correspondait pas. Le mystère resta entier.

Elles continuèrent leur périple et rencontrèrent un loup philanthrope très bon chic bon genre qui leur expliqua qu’il n’avait comme ambition unique que de rendre les gens meilleurs. Son but était de les accompagner dans une quête, quelle quelle fut. Eléolaine se rendit compte que l’animal était la clé de la porte d’entrée de sa vie meilleure. Il allait l’aider à combattre son double, son côté noir, cette ombre qui la poursuivait depuis toujours et qui empêchait certains jours qu’elle soit arrosée de tendresse afin que son âme résistât à l’épreuve du temps.  Ces jours de tristesse, la petite fille paraissait avoir 100 ans. Ce personnage bénéfique allait l’aider à neutraliser son autre, cette ombre maléfique qui la poussait vers la fin.

Pour cela, le loup philanthrope lui donna une fiole magique qui possédait un parfum enchanteur. Il lui expliqua que tous les êtres de lumière comme les elfes et les fées utilisaient cette essence pour vaincre les créatures obscures qui sillonnaient les âmes à l’affût d’une proie à atteindre. Il ajouta qu’elle devait en prendre soin, ne pas la gaspiller et surtout s’en servir en toute connaissance de cause. Car il insista que la magie pouvait se retourner contre son utilisateur si son usage était détournée. Elle acquiesça toutes les recommandations et entendit son ami lui répéter qu’elle ne devrait l’ouvrir que trois fois.

Elle le remercia de tout son cœur et l’embrassa tendrement avant de partir. Son ombre tenta de l’en empêcher alors elle dévissa la fiole et laissa s’envoler quelque senteur délicieuse qui arrêta sur le champ l’ombre audacieuse.

Deux fois supplémentaires suffirent pour faire fuir cette autre qui lui collait à la peau depuis toujours. Mais Eléolaine était épuisée par la lutte permanente qui s’opérait en elle depuis sa naissance. A présent que cette dualité était terminée, elle avait besoin de repos dans un endroit serein qui lui offrirait  tranquillité et apaisement. A cet instant précis, elle écarta les feuilles d’un arbre qui lui cachait la vue et aperçut, au fond d’un bois de pins, une chaumière qui ronronnait allègrement. Elle s’approcha avec prudence, sans faire de bruit, et la porte s’ouvrit avec douceur. Les traits d’Eléolaine devenaient plus lisses, les battements de son cœur semblaient plus réguliers et des sentiments positifs l’inondaient à chaque pas franchi. Elle savait que sa vie d’avant n’était pas la sienne et que celle-ci le serait davantage. Elle ne doutait plus de son avenir à présent. Rien ne serait plus comme avant. En se battant contre elle-même pour se sauver, elle avait construit son avenir et bâti son destin. Ses grands-parents l’attendaient, fiers du chemin parcouru, et prêts à vivre avec leur petite fille au cœur de rose des jours meilleurs au pays de Nautriam, le royaume des dragons non cracheurs de feu mais faiseurs de bonheur.

 

Léccie

Léccie - Cécile