Visuel consigne PRUDENCE 2

 L’univers était composé de deux mondes, celui des péchés et celui des vertus. L’un ne pouvait exister sans l’autre, l’équilibre divin devait être pour toujours respecté.

Prudence venait d’être nommée la première des vertus cardinales et avait la lourde tâche de veiller sur les trois autres. Ainsi, Tempérance, Force et Justice se référaient sans cesse à celle que l’on nommait communément Prudencia pour toute affaire de la vie. En tant que sage, elle devait régler sa conduite et mesurer la portée de ses actes. Elle se  devait d’être attentive, prévoyante, précautionneuse et vigilante.

Un jour qu’elle s’attisait à affuter son compas, elle fut traversée par une avalanche de questions qui la saisit et la bouleversa : comment être de bons conseils avec si peu d’expérience ? Comment maîtriser la portée de ses actes sans en connaître la finalité ? Sa réflexion était si intense qu’elle réveilla son autre, celui qu’elle ne rencontrait jamais mais qui l’accompagnait à chacun de ses pas. Elle avait l’habitude de l’appeler Sagentio. C’était un vieil homme qui donnait l’impression d’avoir mille ans avec sa longue barbe blanche et ses conseils toujours avisés nourris par une vie riche en expériences. Il semblait avoir tout vécu.

- Sagentio, je suis tourmentée, lança Prudencia, inquiète.

- Pourquoi ma douce ? répondit Sagentio, serein.

- Je suis sans cesse dans le doute. Je ne sais pas si les conseils que je donne sont justes. Je ne suis pas certaine d’être aussi vigilante et précautionneuse que je le devrais. Je ne connais pas le monde au-delà de ses frontières.

- Ne t’inquiète pas Prudencia. Tu n’es jamais seule. Je suis toujours là pour guider, avec prudence, tes pensées vers la mesure. Chacune de tes réflexions est réfléchie et maitrisée.

- Veux-tu dire que les pensées que je croyais miennes sont en réalité les tiennes ? Veux-tu dire que mes pensées ne m’appartiennent pas ? Veux-tu dire que mes mots ne sont pas les miens mais les tiens ou plutôt les miens que tu as prudemment filtré avec sagesse ? s’emballa Prudencia.

- Mesure tes propos Prudencia et écoute attentivement.

- Oui Sagentio.

- Tu as un rôle essentiel à jouer en ce monde. Tu dois veiller sur les trois autres vertus cardinales pour respecter l’ordre divin. Cette tâche est lourde et délicate et mon rôle est de d’accompagner pour la mener à bien. En effet, tes pensées sont mesurées par ma sagesse acquise avec le temps, les errances et les voyages. Mais en réalité mes pensées sont aussi les tiennes car nous ne sommes qu’une seule et même personne. Ce questionnement,  qui te bouleverse et que je n’ai pas pesé, est essentiel et légitime. Il a pour ambition de te faire comprendre que nous existons par et pour les autres. Nous nous nourrissons d’eux comme ils se nourrissent de nous. Et moi, Sagentio, que tu considères comme un étranger, je fais partie de toi, je suis tous ces autres dont tu t’enrichis afin de pouvoir  mener à bien ta mission. Je serai toujours avec toi. Je suis toi.

- Eh bien Sagentio, me voilà rassurée. Mes inquiétudes s’envolent et je suis à présent  confiante en l’avenir.

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