MarcalRésumé des épisodes précédents :

Dorine est une jeune femme qui mesure plus de deux mètres. Ses parents sont persuadés qu'à cause de sa taille elle ne trouvera jamais d'époux. Ils décident de la marier de force à un vieillard, mais Dorine refuse de se soumettre à leur volonté. Avec l'aide de sa nourrice, elle s'enfuit de chez elle. Elle arrive bientôt sur une île paradisiaque, "l'Île de la Tentation".

Là-bas vit le roi Wilhem, un magicien qui repère immédiatement l'arrivée de Dorine grâce à sa tablette magique. Wilhem veut faire de Dorine son épouse. Mais des nains facétieux, qui vivent également sur l'île, ont mis le grappin sur la jeune femme avant lui...

 

LA TABLETTE MAGIQUE

Episode 2

Dorine et le roi Wilhem by Lakoo

Dorine ne savait pas exactement depuis combien de temps elle se trouvait sur cette île. Elle ne pouvait pas se fier aux saisons, il n’y en avait pas ! Il faisait presque toujours beau. Il pleuvait régulièrement, juste ce qu’il fallait pour rafraîchir l’atmosphère ; un climat idéal pour la végétation et les arbres fruitiers.

Ah, les fruits ! Dorine en était saturée, son ventre gargouillait tout le temps. L’odeur des fleurs que les nains lui apportaient également lui donnait la nausée ! Au début, elle salivait en regardant tous ces fruits gorgés de soleil, de sucre. Aujourd’hui elle les mangeait par force, pour se nourrir. La nuit, elle rêvait de gigot de sanglier accompagné de pommes de terre rissolées.

Ses soi-disant amis les nains commençaient sérieusement à l’agacer. Ils la suivaient partout. Elle aimait bien aller se promener seule, découvrir des endroits insolites. Mais avec eux c’était impossible. Ils surgissaient de nulle part et la ramenaient dans sa cabane sous prétexte qu’il était dangereux pour elle de se promener seule et sans protection. Oui, elle en avait assez de se sentir suivie, épiée.

Un jour elle arriva enfin à se retrouver seule. Elle s’allongea et ferma les yeux pour réfléchir. Ses pensées ne cessaient d’aller vers le roi Wilhem. Elle avait hâte de le rencontrer car elle en avait fait son prince charmant. C’est alors qu’elle entendit des petits bruits autour d’elle.

- Non ! pensa-t-elle. Pas encore eux !

Elle décida de ne pas bouger. Le groupe des nains s’approcha :

- On dirait qu’elle dort, déclara l'un d'eux.

- Hum ! Cela ne peut plus durer, fit un autre. Il faut toujours la surveiller, l’empêcher de se déplacer, sinon elle va découvrir notre secret.

- Chut ! Moins fort, lança un dernier.

- Toi, dit le chef en désignant l'un de ses compagnons, va me chercher des papayes sauvages. Choisis-les bien mûres, leur pouvoir soporifique sera plus puissant.

- Soporifiques ? Mais ils veulent  m'empoisonner ! se dit Dorine. Un secret ? Mais quel secret ?

Elle fit mine de  se réveiller, s'étira longuement, bailla et prit un air surpris :

- Ah ! Vous êtes là mes amis ?

- Oui Dorine, répondirent les nains. Tu ne devrais pas t’éloigner, tu risques de te perdre et qui sait ce qu’il pourrait t’arriver ?

Le lendemain matin, comme tous les matins, ils lui apportèrent des fruits pour son petit déjeuner. Une belle papaye se trouvait au milieu du panier, bien en évidence. Dorine sentit son cœur se serrer.

- Tiens, mange un bout de cette papaye, j’ai choisi la plus belle pour toi, dit le chef des nains.

Il tendit une tranche à Dorine qui la mit dans sa bouche. Elle roula de grands yeux et s’écroula sur le sol.

- Diable ! s'écria le chef. Je ne pensais pas que ce soit aussi rapide. Elle devait être trop mûre. Et bien tant mieux si elle dort toute la journée, cela nous laissera du temps pour travailler. Allons-y les gars.

Les tempes de Dorine battaient à tout rompre. Elle attendit un long moment puis recracha le morceau de papaye et alla se rincer la bouche avec l’eau du ruisseau.

- C’en est trop ! se dit-elle. Je dois partir trouver le roi Wihlem. Je comprends maintenant pourquoi je me sens toujours lasse. Ils m’empoisonnent petit à petit. Mais comment faire pour passer inaperçue avec ma taille ? Et quel chemin dois-je prendre ?

Elle était au bord des larmes. Il fallait qu’elle réagisse et vite. Elle décida de ramper comme les serpents et de se fier à son instinct. Elle se fabriqua de petits coussins de mousse et commença son périple.

Wilhem, penché sur sa tablette magique, avait suivi la scène. Ah, les monstres ! Ils les auraient un jour, ils les auraient !

À force de travail et de calcul, Wilhem avait réussi, à l’aide de sa tablette, à percer le cerveau des êtres humains. Hélas pour lui, les cerveaux des nains étaient trop petits pour y pénétrer et son pouvoir pas assez puissant pour l’instant. Mais il était sûr d’y arriver un jour. Par contre, il allait aider Dorine. Il se connecta à son cerveau afin qu’elle puisse trouver rapidement le chemin de sa demeure.

Quelques heures s’écoulèrent. Dorine commençait à ressentir la fatigue. Ramper n’était pas un moyen efficace pour avancer, mais elle devait tenir bon. Il ne fallait pas qu’elle désespère.

Elle arriva enfin dans une clairière au milieu de laquelle se trouvait une maisonnette. Des moutons paissaient en toute liberté au milieu de chevaux. Des poules et des canards se disputaient des graines.

- Comme c’est beau ! se dit-elle.

Elle appela :

- Il y a quelqu’un ? Il y a quelqu’un ?

Elle attendit un instant, puis un homme apparut sur le perron.

- Bonjour Dorine, la salua-t-il.

- Bonjour, répondit-elle confuse. Mais … vous savez … qui je suis ?

- Je sais tout ce qui se passe sur cette île. Enfin presque tout !

- Mais qui êtes-vous ?

- Je m’appelle Wilhem et je suis le maître de cette île.

Dorine se prosterna :

- Sire…

- Relève-toi Dorine et viens te rafraîchir. En fait je t’attendais. Je connais ton histoire, je sais pourquoi tu t’es enfuie, je sais aussi ce qui se passe avec les nains. Ce ne sont pas tes amis et j’ai décidé de t’aider.

Elle osa enfin le regarder. Il n’était pas tel qu’elle se l’était imaginé, mais elle le trouvait quand même très beau et si sûr de lui ! Ses yeux étaient d’un vert limpide, son regard perçant. Sa chevelure noire bouclée lui tombait sur les épaules. Elle en était déjà amoureuse.

Lui aussi la trouvait très belle, bien qu’il la jugeât  grossie depuis son arrivée. Sa taille ne serait pas un problème : il dégoterait bien une formule magique pour y remédier. D’ailleurs il avait déjà une petite idée. Oui, elle serait sa femme !

- Vous voulez m’aider ? l'interrogea Dorine. Mais comment ?

À SUIVRE...

Texte : Marcal / Illustration : Lakoo