HelléboreC'est avec une fierté toute particulière que nous publions aujourd'hui le premier texte d'Hellébore.

Hellébore fait partie de ces personnes qui sous-estiment leurs capacités artistiques. Nous en avons quelques-unes comme ça à Ecri'Service ! Ce n'est pourtant pas faute de les encourager et de leur faire voir toute l'énergie, l'imagination et la poésie qui se dégagent de leurs écrits. Ces qualités ne demandent qu'à être exploitées. Mais voilà, nos ouailles demeurent persuadées de leur médiocrité ! Que faire pour les convaincre du contraire ?

Eh bien, dans un premier temps, pourquoi ne pas créer un blog ou une revue afin de diffuser leurs textes et leur prouver qu'ils peuvent être  appréciés d'un certain public ? C'est là tout l'intérêt de l'aventure Zin'o'script.

Et donc, pour en revenir au texte d'Hellébore, il fut conçu durant le cycle d'écriture dédié au mythe, au conte et à la légende, en réponse à la consigne suivante : "Ecrire un conte à partir de l'oeuvre picturale de Van Gogh: Terrasse du café le soir". En outre, il est agrémenté d'une remarquable illustration de Mariko qui, pour le coup, sort complètement de son style habituel, et s'essaie au firmament "van goghien".

D'autres textes plus différents et plus surprenants les uns que les autres ont vu le jour dans le cadre de cet exercice de prime abord difficile. Nous aurons certainement l'occasion de vous en présenter quelques-uns dans de futurs articles.

RETOUR

Retour by Mariko

Un bobo sort de son loft pour aller acheter du pain.

Alors qu’il vient de voir huit heures au cadran de sa montre, il se trouve au plus sombre d’une nuit dans une rue et des passants le frôlent sans remarquer sa présence.

Désemparé, il ne sait que faire et les personnages jusqu’alors indifférents se mettent à le bousculer de plus en plus violemment.

Levant les yeux, il aperçoit un trapèze qui se balance, il s’en saisit et dans les airs réfléchit. Il doit s’adapter. 

Transformé, il est déposé au sol par le trapèze et se sent déjà mieux. On ne le bouscule plus, il s’habitue aux pavés sous ses chaussures, imite l’allure de ceux qu’il croise et tâche de s’intégrer.

Bientôt, deux hommes en uniforme l’empoignent par les bras :

- Avez-vous les pinceaux ? lui demandent ces deux pandores sortis de l’ombre.

- Ah non ! Trapèze, prononce-t-il.

Et le trapèze se présente le sortant de ce mauvais pas en le soulevant, puis le ramène au sol.

Poursuivant sa marche, il se demande où trouver des pinceaux lorsque deux individus bottés l’arrêtent.

- Avez-vous les couleurs ? lui demandent-ils.

- Ah non !

Solidement tenu, il se sent prisonnier et crie :

- Trapèze !

Et le trapèze le sauve une fois encore, repoussant les agents de l’ordre établi.

Cette fois, il ne veut plus lâcher le trapèze, s’accroche et se demande tout haut  pourquoi il faudrait qu’il ait des pinceaux et des couleurs.

Le trapèze lui dit alors :

- Comment veux-tu sortir de l’obscurité si tu ne possèdes pas ces clés ?

Il se sent balancé jusqu’à une fenêtre ouvrant sur une pièce éclairée. Il se laisse tomber sur le plancher et voit des pinceaux et des tubes de couleurs posés sur une table. Il s’en empare puis retournant à la fenêtre appelle son trapèze qui ne tarde pas à se présenter. L’agrippant, il se sent balancé à une hauteur vertigineuse. Se souvenant, il prend un pinceau, l’enduit de blanc de titane et dépose des touches qui scintillent et illuminent le ciel.

Le trapèze le dépose ensuite sur le balcon d’un immeuble. Timidement, il mélange du bleu et du blanc et peint la façade qui prend vie. Il s’enhardit, ose le jaune  sous le store d’un café, du orange au sol et sur les ouvertures.

Le trapèze disparaît et lui se retrouve sur la terrasse du café qu’il vient de révéler à l’aide de couleurs. Il se sent bien, si bien qu’il s’assoit à une table et le serveur lui apporte de l’absinthe sans qu’il l’ait demandée. Le garçon l’a reconnu avec son pansement sur l’oreille.

Terrase du café le soir by Vincent Van Gogh

Texte : Hellébore / Illustration : Mariko Shinobu